Je dois composer avec les décisions absurdes de ma hiérarchie
7 juillet 2008Je suis salarié d’une SSII en mission longue dans une grande entreprise financière française. Je suis depuis un an dans un petit service chargé de fournir des outils spécialisés à l’informatique du groupe. L’entreprise ayant récemment subi une déroute financière dont l’origine n’avait rien de technique, il fut décidé en haut lieu que le problème était technique et qu’il suffisait pour résoudre tous les problèmes de lancer une grande initiative, de trouver un terme anglais pour celle-ci, de saupoudrer les applications existantes de technologies composées d’acronymes à trois lettres, de faire beaucoup de réunions et de s’auto-congratuler de la capacité de réaction du management.
Huit niveaux de hiérarchie plus bas, je me retrouve chargé de mettre en œuvre une application d’interconnexion entre différents systèmes existants. Les systèmes sont absurdes, mal écrits, mal documentés ; après un examen sommaire de quelques heures, ils se révèlent inaptes à répondre aux besoins énoncés par la hiérarchie (ces systèmes étant eux-mêmes le reliquat d’une initiative datant de quelques années, en tout point similaire à l’agitation superstitieuse qui avait cours ces jours-ci). Je fais part très respectueusement de l’absurdité de la tâche et de la médiocrité du système, sans autre écho qu’une vague exaspération de mon supérieur. Impavide, je mets en place en une semaine et tant bien que mal un mécanisme simple d’interconnexion, avant d’apprendre par mon supérieur qu’un autre service avait proposé sa propre solution, solution qui avait toutes les faveurs du comité de direction.
Cette solution représentait un an d’effort de développement, une totale inadéquation au problème, un fonctionnement aléatoire et une méconnaissance stupéfiante des pratiques standardisées du domaine. Elle fut donc accueillie avec enthousiasme par la hiérarchie et, huit niveaux plus bas, je fus chargé d’abandonner ma propre solution et d’essayer de faire fonctionner ce monstre.
Outre donner figure humaine à ce tas de tuyaux baroques, ma tâche consistait à rencontrer les différentes équipes informatiques pour vanter les mérites de l’animal et réfléchir avec eux aux modalités d’intégration. Je ne devais surtout pas donner mon avis sur la question et il me fallait donc tenter de garder mon calme et mon sérieux tandis que mon supérieur présentait le nouveau système. La plupart du temps, nos interlocuteurs, médusés, secouaient la tête en parcourant les slides de la présentation avant de repartir les épaules basses en apprenant que la direction avait déjà approuvé le système et qu’il leur faudrait l’intégrer coûte que coûte.
Huit mois plus tard, alors que la totalité des personnes concernées savent l’ineptie de la solution et après les efforts d’une dizaine de personnes à plein temps, le système est en passe de commencer à vaguement fonctionner sur 3 % des applications. J’ai récemment vu passer un mail vantant le successeur du système, un mécanisme en tout point similaire au petit machin vite fait que j’avais écrit huit mois plus tôt. Il est annoncé pour l’année prochaine.
Tarzan
Vous connaissez une situation similaire ? Vous subissez des directives insensées ?
Vous avez un conseil ?
Partagez votre expérience en laissant un commentaire.