Je dois composer avec les décisions absurdes de ma hiérarchie

Je suis salarié d’une SSII en mission longue dans une grande entreprise financière française. Je suis depuis un an dans un petit service chargé de fournir des outils spécialisés à l’informatique du groupe. L’entreprise ayant récemment subi une déroute financière dont l’origine n’avait rien de technique, il fut décidé en haut lieu que le problème était technique et qu’il suffisait pour résoudre tous les problèmes de lancer une grande initiative, de trouver un terme anglais pour celle-ci, de saupoudrer les applications existantes de technologies composées d’acronymes à trois lettres, de faire beaucoup de réunions et de s’auto-congratuler de la capacité de réaction du management.

Huit niveaux de hiérarchie plus bas, je me retrouve chargé de mettre en œuvre une application d’interconnexion entre différents systèmes existants. Les systèmes sont absurdes, mal écrits, mal documentés ; après un examen sommaire de quelques heures, ils se révèlent inaptes à répondre aux besoins énoncés par la hiérarchie (ces systèmes étant eux-mêmes le reliquat d’une initiative datant de quelques années, en tout point similaire à l’agitation superstitieuse qui avait cours ces jours-ci). Je fais part très respectueusement de l’absurdité de la tâche et de la médiocrité du système, sans autre écho qu’une vague exaspération de mon supérieur. Impavide, je mets en place en une semaine et tant bien que mal un mécanisme simple d’interconnexion, avant d’apprendre par mon supérieur qu’un autre service avait proposé sa propre solution, solution qui avait toutes les faveurs du comité de direction.

Cette solution représentait un an d’effort de développement, une totale inadéquation au problème, un fonctionnement aléatoire et une méconnaissance stupéfiante des pratiques standardisées du domaine. Elle fut donc accueillie avec enthousiasme par la hiérarchie et, huit niveaux plus bas, je fus chargé d’abandonner ma propre solution et d’essayer de faire fonctionner ce monstre.

Outre donner figure humaine à ce tas de tuyaux baroques, ma tâche consistait à rencontrer les différentes équipes informatiques pour vanter les mérites de l’animal et réfléchir avec eux aux modalités d’intégration. Je ne devais surtout pas donner mon avis sur la question et il me fallait donc tenter de garder mon calme et mon sérieux tandis que mon supérieur présentait le nouveau système. La plupart du temps, nos interlocuteurs, médusés, secouaient la tête en parcourant les slides de la présentation avant de repartir les épaules basses en apprenant que la direction avait déjà approuvé le système et qu’il leur faudrait l’intégrer coûte que coûte.

Huit mois plus tard, alors que la totalité des personnes concernées savent l’ineptie de la solution et après les efforts d’une dizaine de personnes à plein temps, le système est en passe de commencer à vaguement fonctionner sur 3 % des applications. J’ai récemment vu passer un mail vantant le successeur du système, un mécanisme en tout point similaire au petit machin vite fait que j’avais écrit huit mois plus tôt. Il est annoncé pour l’année prochaine.

Tarzan

Vous connaissez une situation similaire ? Vous subissez des directives insensées ?

Vous avez un conseil ?

Partagez votre expérience en laissant un commentaire.

5 réponses à “Je dois composer avec les décisions absurdes de ma hiérarchie”

  1. Paul SIBOUN a dit :

    Je comprends que vous soyez amer…
    Mais je m’interroge sur votre communication à tous les deux. Quels sont les rapports que vous entretenez quotidiennement avec votre propre responsable?(Je parle de celui qui se trouve 1 niveau de hiérarchie plus haut)

    “Un mécanisme en tout point similaire au petit machin vite fait que j’avais écrit huit mois plus tôt et annoncé pour l’année prochaine.”
    Est-ce à dire qu’en fin de compte, votre responsable vous avait bien entendu?

    Parfois, j’ai l’impression que l’on a tort si l’on a raison trop tôt. Qu’en pensez-vous?

    Que comptez-vous faire à présent?

    Dastaire

  2. tarzan a dit :

    Paul,

    Mon responsable direct est perdu dans des luttes d’influence microscopiques. Je lui ai présenté de manière circonstanciée - et compréhensible - les insuffisances de la solution retenue mais l’enjeu n’était pas technique. Il s’agissait pour lui de pousser sa solution, pour l’équipe concurrente de pousser la leur, et pour les responsables au-dessus de donner l’impression à leurs propres supérieurs qu’ils faisaient quelque chose.

    Je ne pense pas avoir été prophète trop tôt, la médiocrité du système était évidente pour tous.

    Mon expérience des projets informatiques est la suivante : dépassement systématique des délais, solutions sous-optimales, beaucoup de temps et d’argent dépensé et à la fin, tant bien que mal, quelque chose qui finit par marcher. Comme tout le monde est responsable du gâchis de bout en bout de la chaîne, on jette un voile pudique sur toute l’affaire et on passe à la suite.

    Ca n’a rien de bien original. Après tout on calcule le PIB à partir de l’argent dépensé, pas de la valeur créée.

    A présent, je passe à un autre projet en souhaitant bien du courage aux malheureux qui devront se coltiner la situation.

  3. Paul a dit :

    Merci pour ces précisions compréhensibles par le candide que je suis.
    Je te souhaite un nouveau “bon” projet et, surtout, de très bonnes vacances bien méritées.
    Paul

  4. fernand a dit :

    J’ai malheureusement l’impression que les “chefs”, les “responsables”, une fois atteinte cette place de pouvoir dans les entreprises travaillent plus à consolider leur forteresse de chef plutôt que de s’impliquer concrètement dans le travail quotidien de leurs équipes.

    Certaines organisations ou entreprises sont ainsi faites que les chefs travaillent à être chefs. Et quand ce ne sont pas les plus compétents techniquement qui atteigne ce niveau de hiérarchie, c’est éprouvant pour tous ceux qui sont sous leurs ordres et qui, eux, veulent faire correctement leur travail.

    En tout cas, il y aurait tellement à dire sur tous ces chefs qui prennent des décisions incohérentes, à la fois techniques mais aussi managériales ! Et surtout quelles sont les conséquences sur tous ceux qui doivent les subir (frustration, stress, perte de motivation…)

  5. jean a dit :

    bonjour
    effectivement, le travail de manager n’est pas pour beaucoup, de manager mais bien de garder son poste !
    2 livres :
    1 pour comprendre :
    “Guide pratique pour réussir sa carrière en entreprise : Avec tout le mépris et la cruauté que cette tâche requiert”
    1 pour agir :
    “Objectif Zéro-sale-con : Petit guide de survie face aux connards, despotes, enflures, harceleurs, trous du cul et autres personnes nuisibles qui sévissent au travail”

    Mais ce n’est pas demain que cela va changer …

    Jean

Ecrire un commentaire